L’Europe sous Merkel IV : l’équilibre de l’impuissance

Original title: Europe under Merkel IV: Balance of Impotence, appeared in American Affairs Journal Volume II, Number 2 (Summer 2018): 162–92. French translation.

L’Europe, telle qu’elle est organisée – ou désorganisée – dans l’Union européenne (UE), est un étrange animal politique. Elle comprend d’abord les politiques intérieures de ses États membres qui, au fil du temps, se sont profondément entrelacées. Deuxièmement, les États membres, qui sont encore des États-nations souverains, poursuivent des intérêts définis au niveau national par le biais de politiques étrangères nationales dans le cadre des relations internationales intra-européennes. Troisièmement, ils ont le choix entre s’appuyer sur une variété d’institutions supranationales ou sur des accords intergouvernementaux entre coalitions choisies de volontaires. (…)

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Macron risque d’être le troisième Président consécutif à ne faire qu’un mandat

Interview by Jorge Gomes-Ferreira, L’arène nue, April 24, 2018.

Vous observez beaucoup l’Europe. Après la longue crise politique qui a eu lieu dans votre pays et a amené à la reconduction de la « Grande coalition », après les élections italiennes de mars dernier, où en sommes nous selon vous ?

Nous nous trouvons devant une impasse, devant un équilibre, non pas des forces, mais des faiblesses. Suite aux élections, l’Allemagne n’est plus en mesure de répondre aux attentes de ses partenaires en termes de « réformes », c’est-à-dire en termes de concessions matérielles : l’AfD et le FDP feront tout au Bundestag pour dénoncer ouvertement et avec fracas toute initiative qui irait au-delà du traité de Maastricht ou de ce que permet la Constitution allemande. En Italie, depuis la fin de Renzi, il n’est plus envisageable que le pays poursuive les réformes néo-libérales exigées d’elle jusqu’à maintenant. Cela impliquerait que l’Italie puisse attendre de l’Allemagne un soutien économique en retour, qui ne soit pas que symbolique. (Continuez sur http://l-arene-nue.blogspot.de/)

La dette souveraine

New publication in La dette souveraine: Économie politique et État
Buying time. Preface to the second edition.

Nouvelle publication dans La dette souveraine: Économie politique et État
Du temps acheté. Préface à la séconde edition.

Wolfgang Streeck: Il y a plus de quatre ans que j’ai terminé le manuscrit de Du temps acheté. Bien que la crise dont il traite soit aujord’hui moins explosive qu’elle ne l’était à l’été 2012, je n’y retrouve pourtant rien qui mériterait d’être retranché ou réécrit. Certes, davantage d’explications, de contextualisations et d’éclaircissements sont toujours bienvenus, et ce également à titre de remerciements pour les nombreuses recensions dont le livre a bénéficié en Allemagne, et ailleurs, en si peu de temps – à la surprise de son auteur, dont les précédentes publications avaient été principalement réservées à des parutions scientifiques spécialisées. […]

Pour continuer: Julia Christ en Gildas Salmon (2018), La dette souveraine: Économie politique et État, Paris: Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Autres contributions de: Colin Crouch, Jürgen Habermas, Robert Boyer, Bruno Karsenti, Benjamin Lemoine, Marie Cuillerai, Jean-Michel Rey, Yves Duroux, Julia Christ et Gildas Salmon.

« Marx n’avait pas prévu Keynes »

Interview publié dans le magazine Books, Janvier/Février 2017, pp. 28-30

Que pouvons-nous encore ­apprendre de Karl Marx ?

D’abord que notre société est une société historique, qui s’inscrit dans un flux d’événements. Et ­ensuite que ce flux d’événements ­s’ordonne de façon structurelle, que l’évolution de la société obéit donc à une logique qu’il nous faut comprendre pour pouvoir inter­préter ce qui se passe. Cette logique est difficile à reconstruire, mais elle dyna­mise de façon extra­ordinaire la théorie et l’expérience historique. (…)

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English translation

„Nuit debout peut être porteur d’une transformation sociale de grande ampleur“

Le Monde, 3 mai 2016. English translation published on Verso Books Blog.

Par Collectif: Tariq Ali, écrivain ; Ludivine Bantigny, historienne; Patrick Chamoiseau, écrivain ; François Cusset, écrivain et historien ; Christine Delphy, sociologue ; Cédric Durand, économiste ; Elsa Dorlin, philosophe ; Annie Ernaux, écrivain ; Eric Fassin, sociologue ; Bernard Friot, sociologue ; David Graeber, anthropologue ; Nacira Guénif, anthropologue ; Razmig Keucheyan, sociologue ; Stathis Kouvelakis, philosophe ; Frédéric Lordon, philosophe ; Gérard Mordillat, écrivain ; Toni Negri, philosophe ; Leo Panitch, sociologue ; Paul B. Preciado, philosophe ; Wolfgang Streeck, sociologue ; Enzo Traverso, historien.

Les crises ouvrent le champ des possibles, et celle qui a commencé en 2007 avec l’effondrement du marché des subprimes ne déroge pas à la règle. Les forces politiques qui soutenaient l’ancien monde sont en voie de décomposition, à commencer par la social-démocratie, qui a franchi depuis 2012 une étape supplémentaire dans son long processus d’accommodement avec l’ordre existant. En face d’elles, le Front national détourne à son profit une partie de la colère sociale en jouant d’une posture prétendument antisystème, alors même qu’il n’en remet rien en cause, et surtout pas la loi du marché. (…)

„Pour que l’Europe soit sauvée, il faut lever le tabou sur les nations“

Erschienen auf LeMonde.fr. Gekürzte Fassung in Le Monde, 4. März 2016, Seite 13. Deutsche Originalfassung hier.

Le projet d’un Etat-providence européen a échoué depuis longtemps. L’Etat-providence existe encore en Europe, mais seulement au pluriel, à l’échelon national et en tant qu’acquis démocratique national. Son remplacement ou même son simple accompagnement par une « dimension sociale » conférée au marché unique, dont Jacques Delors s’était fait l’avocat dans les années 1990, est resté un vœu pieux. (…)