Un empire européen en voie d’éclatement

Le Monde Diplomatique, Mai 2019, 1, 20-21.

Qu’est-ce que l’Union européenne ? Le concept le plus proche qui vient à l’esprit est celui d’empire libéral ou, mieux, néolibéral : un bloc hiérarchiquement structuré et composé d’États nominalement souverains dont la stabilité se maintient grâce à une distribution du pouvoir d’un centre vers une périphérie.

Au centre se trouve une Allemagne qui essaie avec plus ou moins de succès de se dissimuler à l’intérieur du noyau dur de l’Europe (Kerneuropa) qu’elle forme avec la France. Elle ne veut pas être considérée comme ce que les Britanniques appelaient une « unificatrice du continent », même si, en réalité, c’est bien le cas. Le fait qu’elle se cache derrière la France constitue pour cette dernière une source de pouvoir. (…)

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English version:

The EU is a doomed empire

Published in Le Monde Diplomatique – English Edition, May 01, 2019.

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Le projet européen s’est enfermé dans une position intenable

Interview in L’Intérêt Général – La Revue du Parti de Gauche, No. 4, 04 Avril, 2019, pp. 108-111.

Dans votre essai ‚Du temps acheté‘, vous vous opposez à la légende dorée de la construction européenne. Pour vous, le projet européen comportait, dès le début, une dimension antidémocratique?

Ce projet a différentes racines. Le « projet européen » – attention, chacun donne à cette formule un sens différent ! – devait institutionnaliser, en Europe, cet État capitaliste social-démocrate, régulé par l’État, que les États-Unis avaient développé dans le cadre du New Deal. Il devait en même temps aider à endiguer le communisme. Vers la fin des années 1950 il est devenu de plus en plus favorable à l’économie de marché ; les ordoli¬béraux allemands, qui avaient perdu (dans un premier temps) leur combat contre Konrad Adenauer et le corpora¬tisme catholique, ont vu la Communauté économique européenne comme un levier permettant d’imposer, en Allemagne aussi, un ordre économique libéral. Dans les années 1980, la chose a été tranchée : terminée, la vieille sociale-démocratie ; place à une économie concurrentielle néolibérale et « mondialisée » ! Elle devait être immunisée contre les résistances populaires : cela explique les institutions si particulières de l’Union européenne (UE) et de l’Union économique. (…)

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Europe under Merkel IV: Balance of impotence

Appeared in American Affairs Journal Volume II, Number 2 (Summer 2018): 162–92.

Europe, as organized—or disorganized—in the European Union (EU), is a strange political beast. It consists, first, of the domestic politics of its member states that have, over time, become deeply intertwined. Second, member states, which are still sovereign nation-states, pursue nationally defined interests through national foreign policies within intra-European international relations. Here, third, they have a choice between relying on a variety of supranational institutions or on intergovernmental agreements among selective coalitions of the willing. Fourth, since the start of the European Monetary Union (EMU), which includes only nineteen of the EU’s twenty-eight member states, another arena of European international relations has emerged, consisting mainly of informal, intergovernmental institutions looked at with suspicion by the supranational EU. Fifth, all these are embedded in the geopolitical conditions and geostrategic interests of each nation, which are related in particular to the United States on the one hand and to Russia, Eastern Europe, the Balkans, the Eastern Mediterranean, and the Middle East on the other. And sixth, there is at the bottom of the European state system an ongoing battle for hegemony between its two largest member countries, France and Germany—a battle that both deny exists. Each of the two, in its own way, considers its claim to European supremacy to be only just and indeed self-evident, Germany so much so that it doesn’t even recognize its ambitions as such.1 Moreover, both would-be hegemons are aware that they can realize their national projects only by incorporating the other within them, and for this reason they present their national aspirations as “European integration” projects based on a special relationship between Germany and France. (…)

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French translation:

L’Europe sous Merkel IV. Un équilibre de l’impuissance

Published in Le débat No. 202, novembre – décembre 2018: 60-80.

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Italian translation:

L’Europa sotto il Merkel IV: un bilancio di impotenza

Pubblicato su Appello al popolo, rivista del Fronte Sovranista Italiano, 28 novembre, 2018.
Tradotto dall’inglese da Massimiliano Sist.

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Macron risque d’être le troisième Président consécutif à ne faire qu’un mandat

Interview by Jorge Gomes-Ferreira, L’arène nue, April 24, 2018.

Vous observez beaucoup l’Europe. Après la longue crise politique qui a eu lieu dans votre pays et a amené à la reconduction de la « Grande coalition », après les élections italiennes de mars dernier, où en sommes nous selon vous ?

Nous nous trouvons devant une impasse, devant un équilibre, non pas des forces, mais des faiblesses. Suite aux élections, l’Allemagne n’est plus en mesure de répondre aux attentes de ses partenaires en termes de « réformes », c’est-à-dire en termes de concessions matérielles : l’AfD et le FDP feront tout au Bundestag pour dénoncer ouvertement et avec fracas toute initiative qui irait au-delà du traité de Maastricht ou de ce que permet la Constitution allemande. En Italie, depuis la fin de Renzi, il n’est plus envisageable que le pays poursuive les réformes néo-libérales exigées d’elle jusqu’à maintenant. Cela impliquerait que l’Italie puisse attendre de l’Allemagne un soutien économique en retour, qui ne soit pas que symbolique. (Continuez sur http://l-arene-nue.blogspot.de/)

La dette souveraine

New publication in La dette souveraine: Économie politique et État
Buying time. Preface to the second edition.

Nouvelle publication dans La dette souveraine: Économie politique et État
Du temps acheté. Préface à la séconde edition.

Wolfgang Streeck: Il y a plus de quatre ans que j’ai terminé le manuscrit de Du temps acheté. Bien que la crise dont il traite soit aujord’hui moins explosive qu’elle ne l’était à l’été 2012, je n’y retrouve pourtant rien qui mériterait d’être retranché ou réécrit. Certes, davantage d’explications, de contextualisations et d’éclaircissements sont toujours bienvenus, et ce également à titre de remerciements pour les nombreuses recensions dont le livre a bénéficié en Allemagne, et ailleurs, en si peu de temps – à la surprise de son auteur, dont les précédentes publications avaient été principalement réservées à des parutions scientifiques spécialisées. […]

Pour continuer: Julia Christ en Gildas Salmon (2018), La dette souveraine: Économie politique et État, Paris: Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Autres contributions de: Colin Crouch, Jürgen Habermas, Robert Boyer, Bruno Karsenti, Benjamin Lemoine, Marie Cuillerai, Jean-Michel Rey, Yves Duroux, Julia Christ et Gildas Salmon.

 

« Marx n’avait pas prévu Keynes »

Interview publié dans le magazine Books, Janvier/Février 2017, pp. 28-30

Que pouvons-nous encore ­apprendre de Karl Marx ?

D’abord que notre société est une société historique, qui s’inscrit dans un flux d’événements. Et ­ensuite que ce flux d’événements ­s’ordonne de façon structurelle, que l’évolution de la société obéit donc à une logique qu’il nous faut comprendre pour pouvoir inter­préter ce qui se passe. Cette logique est difficile à reconstruire, mais elle dyna­mise de façon extra­ordinaire la théorie et l’expérience historique. (…)

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