L’Europe sous Merkel IV. Un équilibre de l’impuissance

Published in Le débat No. 202, novembre – décembre 2018: 60-80.

Original title: Europe under Merkel IV: Balance of Impotence, appeared in American Affairs Journal Volume II, Number 2 (Summer 2018): 162–92.

L’Europe, telle qu’elle est organisée – ou désorganisée – dans l’Union européenne (UE), est un étrange animal politique. Elle comprend d’abord les politiques intérieures de ses États membres qui, au fil du temps, se sont profondément entrelacées. Deuxièmement, les États membres, qui sont encore des États-nations souverains, poursuivent des intérêts définis au niveau national par le biais de politiques étrangères nationales dans le cadre des relations internationales intra-européennes. Troisièmement, ils ont le choix entre s’appuyer sur une variété d’institutions supranationales ou sur des accords intergouvernementaux entre coalitions choisies de volontaires. Quatrièmement, depuis le début de l’Union monétaire européenne (UEM), qui ne comprend que dix-neuf des vingt-huit États membres de l’UE, une autre arène des relations internationales européennes est apparue, constituée principalement d’institutions intergouvernementales informelles, considérées avec suspicion par l’UE supranationale. Cinquièmement, tout cela s’inscrit dans les conditions géopolitiques et les intérêts géostratégiques de chaque nation, qui sont liés en particulier aux États-Unis d’une part, et à la Russie, à l’Europe de l’Est, aux Balkans, à la Méditerranée orientale et au Moyen-Orient d’autre part. Et sixièmement, il y a au plus profond du système étatique européen une bataille permanente pour l’hégémonie entre ses deux plus grands pays membres, la France et l’Allemagne – une bataille que les deux nient.(…)

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